Toutes les belles histoires d’amour ont une fin…

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Elna SU

 

Je ne sais pas si ça se voit à travers mon blog, mais il faut savoir que j’ai une passion immodérée pour les vieilles machines à coudre. Mon coeur fond quand j’en vois une, j’ai envie de toutes les nettoyer, réparer, pour qu’elles aillent vers une nouvelle vie et trouvent leur place dans le coeur d’une couturière. Mais bon, de nos jours les personnes qui cousent préfèrent des machines plus récentes pour la plupart, et moi je n’ai pas vraiment envie de passer toutes mes journées à ça. Ça demande un temps énorme rien que de nettoyer et huiler, puis de chercher la cause des pannes, et ensuite être capable de réparer.

Donc je bouine régulièrement sur le bon coin pour regarder quelles machines sont en vente, pour le plaisir des yeux. Parfois, j’hésite, je me tâte, puis je me raisonne : non, je n’ai pas besoin d’une machine qui brode 50 000 points, surtout quand elle est à 200 bornes de chez moi. Surtout que j’ai déjà 3 machines à la maison, dont une qui ne fonctionne pas.

Et puis, la semaine dernière, je tombe sur une annonce pas trop loin de chez moi. Une Elna SU, 60€. 10€ au-dessus du max psychologique que je m’autorise. 10€ ça se négocie. Je ne connais pas trop cette machine, donc je pars sur le grand web voir ce que ça raconte. Je sais juste qu’Elna est une marque suisse (j’ai eu une Elna 1 grasshopper) d’excellente qualité. Je tombe sur une vidéo en anglais qui décrit la bête. Le type est super enthousiaste. Il parle d’une machine qui coud super bien, il détaille toutes les fonctionnalités, il paraîtrait qu’elle ne vibre pas même à pleine vitesse. Et elle fait pleeeeein de points de broderie, elle fonctionne avec des cames amovibles.

Feue mon Elna 1, qu’un pote a déglingué et que j’ai fini par jeter lors d’un déménagement, n’ayant pas réussi à la réparer et n’ayant pas réussi à la donner non plus

 

Le seul bémol, c’est qu’elle est bras libre, je n’aime pas les bras libres, je ne m’en sers pas, on peut tout faire sans bras libre et je préfère avoir de la place pour coudre, de plus le fait de réduire la place où l’on met le mécanisme du crochet et de la canette rend le système plus fragile (dixit quelqu’un qui m’a aidé à choisir une machine au tout début, et qui est un fin connaisseur des anciennes machines).

C’est quoi des cames ?

Ce sont les disques qui permettent à une machine à coudre mécanique de coudre autre chose que du point droit. Les disques ont des bosses et des creux, c’est un peu comme un tourne-disque : un bras vient suivre les creux et les bosses, et de fil en aiguille (haha), via le jeu des bras et des pignons,  ces mouvements se répercutent sur le positionnement de l’aiguille, qui exécute alors différents points. Les cames de base sont : le zig-zag, et les points dérivés du zig-zag tels qu’ourlet invisible, triple point, etc… Il y a ensuite des cames un peu plus complexes qui rajoutent la marche arrière pour former d’autres points : overlock, triple point élastique, et les points de broderie. Ces cames, en principe ne se voient pas, elles sont intégrées dans la machine. Mais si vous retirez le capot du dessus, vous pourrez les voir, au niveau de la molette de sélection des points.

Sur la Elna SU (et sur d’autres modèles, tels que les Singer 401, 411, 750, les Elna Supermatic et sûrement d’autres que je ne connais pas), les cames sont amovibles, on les rajoute au cas par cas selon le point que l’on souhaite faire. Il y a un p’tit côté collec’ assez fascinant avec ces cames. Je ne voulais pas tomber dedans, mais c’est trop tard, je rêve d’avoir la collec’ complète… ça se vent entre 6 et 8€ l’unité (eh ouais, le vintage, c’est hype !) sur ebay et sur le bon coin. Inutile de vous dire que je vais essayer d’en avoir pour bien moins cher que ça, la rate en moi est pugnace.

Emplacement des cames, molettes de réglage

Les griffes d’entraînement

Sur une machine à coudre, ce sont les griffes d’entraînement (en plus de la puissance du moteur), qui font que le tissu est plus ou moins bien entraîné. J’avais lu il y a quelques temps, sur un blog anglophone, un article qui détaillait tous les points à regarder avant de choisir une machine vintage. Il y avait tout un chapitre sur les griffes d’entraînement. J’envisage d’ailleurs de lui demander la permission de le traduire, un de ces 4. Et dans cet article, elle disait que les grifffes d’entraînement des Elna sont particulièrement efficaces, car au lieu de trois points d’accroche, il y en a 4. Si vous regardez les griffes de votre machine, vous verrez qu’il y a deux long « rails » de chaque côté du trou de l’aiguille et un rail plus court (ou deux), en haut du trou. Plus rarement, et c’est le cas sur la Elna, il y a aussi un rail plus court avant le trou. Cela permet un bien meilleur entraînement en marche arrière. Les Elna en sont sûrement équipées du fait qu’elles ont pu très tôt (dès les années 50) comparées à d’autres machines, faire des points de broderie automatiques qui exigent un point arrière irréprochable.

De plus, les griffes de la Elna ont une forme spécifique, qui fait qu’elles sont plus douces pour les tissus particulièrement fins. En théorie, la Elna SU devrait coudre le tissus très fin mieux que d’autres machines.

La rencontre

Au final, j’appelle, je prends rendez-vous, et je vais voir la miss SU. Surprise ! Elle est en excellent état, la plaque d’entraînement a quelques marques d’aiguilles mais vraiment pas grand chose, la peinture est intacte, elle est très peu sale, bref, elle semble avoir été bien entretenue, et surtout, très peu utilisée. Mon coeur commence à battre plus fort.

Là, la personne qui vendait la machine me dit : « ah par contre, elle ne fait que point droit, une dame est venue l’essayer la semaine dernière ».

Je la regarde, incrédule et amusée : « ah non, je ne pense pas qu’elle fasse que point droit, elle fait même plein de points de broderie ». Je lui montre alors le petit clapet qui s’ouvre pour laisser place au système de cames, elle est toute étonnée, avance même un « ah ba je vais peut-être la garder alors »… Ah non hein ! je ne suis pas venue pour vous la faire garder moi :p

Bref, je couds 3 secondes avec, ça marche bien, pas de déréglage de la tension. Et au moment de la porter, surprise ! Elle est assez légère pour une vieille machine ! Elle ne doit pas peser plus de 7-8 kg ! Excellente nouvelle, je me dis qu’elle va pouvoir remplacer ma singer, dont je n’ai pas encore parlé ici mais que j’ai acheté 10€ et qui me sert de machine transportable et prêtable.

Bref, je ne négocie même pas le prix, car à première vue je ne vais rien avoir besoin de nettoyer/réparer. Ce n’est pas le coup de foudre comme avec la Brother, car la Elna est moins jolie, mais je suis contente, je vais pouvoir m’amuser avec des points de broderie, et elle fait une très bonne seconde machine, elle pourra remplacer la Singer, dont la revente financera Elna SU.

Je rentre avec, je la nettoie un peu (franchement, Cette étape ne m’a pas pris plus de 10 minutes), je mets de l’huile partout car elle est très sèche, elle n’a pas dû être huilée très souvent en 40 ans !

Je m’acharne un peu sur la molette de positionnement de l’aiguille qui est grippée, je rougis mes pouces mais je finis par réussir à la faire tourner, je chauffe avec mon sèche-cheveux pour liquéfier la vieille graisse durcie qui doit sûrement se trouver à l’intérieur. Je n’ai pas essayé de la démonter, mais c’est peut-être ce que je ferai car la molette est toujours un peu dure même si on arrive à la faire tourner.

Bref, je teste les points de broderie, notamment le point « canard »… hahaha, c’est trop mignon (point 134 sur le tableau plus bas).

Et puis je me dis que je n’aurais qu’à coudre mon projet en cours avec, pour faire connaissance et la prendre en main.

Eh bien que dire. Cela fait deux jours que je couds intensivement avec, et mon coeur bat de plus en plus fort. Je me suis servie de mes deux machines à la fois, car cela m’évitait d’avoir à réenfiler quand je devais changer de couleur de fil, et il s’avère qu’au bout d’un moment, je rechignais à passer sur ma brother. Oui, vous avez bien lu !! Plus le temps avance, et plus je préfère coudre avec la nouvelle. Je suis un peu triste pour la Brother, mais que voulez-vous…

Liste des points des machines Elna grâce aux cames

Les fonctions de la Elna SU

Les histoires de coeur, c’est bien gentil, mais pourquoi la Elna est-elle si géniale ?

Points forts

  • 6 points prédéfinis qu’on sélectionne avec une molette :  point droit, point zig-zag, triple point « vague », ourlet invisible, ourlet invisible élastique, et un autre point du même style
  • sélection de largeur du point zig-zag : de 1 à 4 mm
  • sélection de longueur de point : de 1 à 4 mm, possibilité de régler la longueur des points avant et arrière indépendamment
  • levier de point arrière (qui fait un point arrière de 1,5 mm à peu près)
  • boutonnières automatiques en 4 étapes
  • bras libre
  • sélection de position de l’aiguille : on peut choisir la position, de droite à gauche en passant par le milieu, on n’est pas limité à 3 positions
  • système de cames amovibles qui permet un nombre impressionnant de points, on peut coupler les cames amovibles aux points prédéfinis, ce qui démultiplie encore les possibilités
  • la pédale comporte un bouton qui permet de réguler la vitesse (deux positions)
  • la pédale permet de réguler très finement la vitesse, on peut tout à fait coudre point par point (mais cela dépend aussi de l’usure)
  • assez légère : 7-8 kg
  • bien que légère, elle ne vibre pas d’un iota, je dis bien pas d’un iota, même à pleine vitesse en point broderie
  • elle passe les différentes épaisseurs sans bloquer
  • semble coudre facilement des tissus fins (mais je n’ai pas encore testé cela de manière extensive)
  • coud de bonnes épaisseurs (pour l’instant j’ai cousu sur 4 épaisseurs de tissu moyen, et clairement elle a encore pas mal de marge car ça passe tout seul, même avec une aiguille pas tout à fait adaptée)

 

Boîte qui s’encastre sous le bras libre, comprenant les cames et différents pieds

 

Points faibles

  • bras libre, il n’ y a pas de tablette d’extension, en principe c’est la malette de transport qui remplit ce rôle chez les vieilles Elna, mais je ne l’ai pas et de toutes façons c’est trop encombrant
  • canettes d’un format spécial, les canettes métal standard ne fonctionnent pas
  • pas de possibilité de régler la hauteur des griffes, et donc pas possible de les escamoter pour du piqué libre (broderie libre à la machine), mais en revanche on peut les cacher avec un petit cache exprès
  • pas de réglage de la hauteur du pied presseur, donc à voir sur les grosses épaisseurs ou le jersey, cela laisse une petite chance à la Brother de rester au chaud chez moi
  • le fil s’échappe assez facilement du guide au niveau de l’aiguille et du guide juste au-dessus. Mise à jour : en fait non, c’est juste qu’il faut bien « coincer » le fil dans le dernier guide
  • un peu de plastique dans le mécanisme, un ou deux pignons par ci par là. Ceci étant c’est du plastique méga costaud, genre bakélyte je crois.
  • les boutonnières 4 étapes ne sont pas hyper faciles à utiliser, notamment car le réglage du bourdon est différent si l’on est en point avant ou en point arrière, j’ai mis des repères au feutre sur ma molette de réglage
  • elle a bien un point overlock via les cames 107 et 125 (couplé au point ourlet invisible), mais positionné à l’envers ! le zig-zag à gauche et le point droit à droite… je ne désespère pas de trouver une solution… peut-être en utilisant le point 149 à la place.

Conclusion

Cette machine est absolument géniale… voilà, c’est tout ce que j’ai à dire 😀 (oui oh, je sais, je viens d’en écrire des tartines et je fais comme si je n’avais rien à dire, ça va, ça va…).

Oui, j’envisage très très sérieusement d’en faire ma machine principale, et de… de… revendre la Brother. Eh oui. Je ne pensais pas que je dirais ça un jour. Je pensais qu’avec son poids de cheval mort, la Brother aurait toujours une longueur d’avance niveau stabilité, qu’avec ses deux plaques point droit et point zig-zag, elle me ferait les plus beaux points droits qu’une machine zig-zag puisse faire, et puis surtout, surtout, son bleu turquoiso-pétrole est indétrônable. Oui la elna est moins belle. Ça m’attriste un peu d’ailleurs, ils auraient pu lui faire un meilleur look, d’autant que les Elna supermatic ont grave la classe. Mais voilà, c’est comme ça, les histoires d’amour finissent mal, en général… Espérons que la Brother trouvera un nouveau foyer accueillant 🙂

Elna supermatic

4 réponses à “Toutes les belles histoires d’amour ont une fin…”

  1. Noëlle Adam

    pfff ! Elle a l’air géniale ton Elna. En réalité, il faut deux machines, une pour coudre et l’autre pour surpiquer ! Autre fil, autre aiguille et autres réglage.
    Je serias bien venue aujourd’hui à l’atelier, mais comme c’est l’été …À plus.

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    • youle

      youle

      Salut Noëlle ! Oui la Elna est juste géniale, hormis le fait qu’on ne peut pas régler la hauteur de pied, donc je garde ma Brother pour ça. Et il n’y a pas atelier couture aujourd’hui. Peut-être en août, à voir.

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  2. Linda

    Bonjour, Merci pour ce bel article qui m’a permis de découvrir il y a quelques jours cette splendide machine. Dès que j’avais vu la photo j’avais trouvé ce modèle superbe. Cela fait aujourd’hui 15 jours que je m’intéresse à l’achat d’une mac ancienne (avant 1980). Comme je ne m’y connais pas du tout dans ce domaine, je fais simplement et je fais confiance aux personnes qui ont ces mac et en parlent. Je me fie donc à leurs conseils et expériences. C’est ainsi que j’épluche les 2 forums que j’ai découvert : féestisseuses et machine d’antan. C’est comme ça que j’ai découvert votre blog et par là même cette Elna. Je ne cherchais pas à collectionner (pas de place car appartement et pas de pièce dédiée) ni à y mettre +100€ mais à avoir une mac efficace et robuste capable de coudre aussi bien plusieurs couches de tissus que du tissu très fin (j’avais dernièrement fait un simple tablier avec un tissu fluide et du biais tout autour et la machine (une 1er prix de grande surface de 10 ans) avait peiné au point de finir par faire une couture inacceptable. Elle m’a sérieusement énervée et je ne l’utilise plus depuis et c’est ça qui m’a décidé vers une ancienne. J’avais opté pour une singer611G ou 700/720G (ayant lu que le G voulait dire fabrication en Allemagne et tout en acier) mais j’ai changé d’avis depuis car la 611G serait plus compliquée à régler pour le fin et les 700 auraient des problèmes de pignons en plastique (merci d’avoir partagé vos recherches là-dessus).
    Le hic, et vous l’aviez dit dans un post, c’est qu’il faut avoir le temps et je n’ai pas de machine à côté. Bon j’avoue aussi que j’appréhende un peu le nettoyage…
    Je ne sais pas faire de commentaire court, c’est pour ça je crois que je ne m’inscris pas sur les forums.
    Au plaisir de lire vos autres articles
    Bonne continuation

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    • youle

      youle

      Bonjour Linda, désolée de répondre si tard, je ne suis pas prévenue quand j’ai des commentaires et je n’ai pas mis les pieds sur ce blog depuis un sacré bail. Depuis, as-tu acheté une machine ancienne au final ? Le nettoyage n’est pas si difficile que cela, il faut « juste » avoir une bonne demie journée devant soi, ou alors le faire à raison de 15 ou 20 mn par jour. J’aime beaucoup les longs messages, alors ne t’excuse pas, et ce n’est pas un problème sur les forums non plus ! Au plaisir de te lire.

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